Post image for La Saint-Marc par Théodore Aubanel

La Saint-Marc par Théodore Aubanel

24/01/2011

dans Fête de Saint-Marc

“ Mademoiselle,

Il y a quelques jours, une belle fête provençale réunissait presque tous les félibres à Villeneuve, une charmante petite ville aux bords du Rhône, en face d’Avignon. C’était la fête de la Souche ; une vieille coutume patriarcale et touchante, comme tout ce qui vient des aïeux, veut que dès que la vigne pousse on arrache le plus beau cep du pays et qu’on le porte à l’église, où il reçoit la bénédiction du curé.
Cela se fait en grande cérémonie, il y a une procession, des fifres et des tambourins ; la souche est enguirlandée de rubans et de fleurs, et un jeune paysan, en costume du temps de Henri III, la porte sur son épaule. Et puis, de temps en temps, la procession s’arrête, et l’on danse la Danse de la Souche sur un rythme original, et l’on chante une antique complainte, mêlée de français, de provençal et de grec. Si vous me le permettez, Mademoiselle, je vous en donnerai l’air, noté par un de mes amis.
Le soir venu, la souche est brûlée dans un immense feu de joie, et, à la lueur des flammes et des étincelles, commence une farandole sans fin. Chaque ville et village de Provence a ses coutumes traditionnelles, mais celle-ci est assurément l’une des plus jolies et des plus poétiques. Sans doute c’est que le printemps est là avec toutes ses promesses et toutes ses joies ; l’air est doux ; le ciel magnifique ; le rossignol chante dans les haies et le cœur s’ouvre enivré à cette suave influence.
Cette année, les Prieurs de la fête avaient invité les félibres et ils étaient venus à cet appel cordial. Tous les dialectes du Midi étaient représentés. Ah ! Ce sont là de belles et trop rares réunions, où se fait un admirable échange de hautes pensées, de patriotiques projets, où notre amour de la Provence que nous adorons, éclate en strophes ardentes, en chansons spirituelles, en éloquentes improvisations.
Et c’est un admirable spectacle que cette variété d’inspiration dans l’unanime sentiment qui nous exalte. Ce sont de ces choses qu’il est difficile de raconter, comme tout ce qui touche au fond de l’âme et qu’il fait bien meilleur voir et sentir par soi-même,…”

Avignon, 10 mai 1870. Théodore Aubanel.
Correspondance entre le poète et La comtesse du Terrail.

Buste de Théodore Aubanel, jardin des Félibres, Sceaux

Imprimeur et poète né en Avignon, Théodore Aubanel (1829-1886) participa à la fondation du Félibrige, le 21 mai 1854, au château de Font-Ségugne à Châteauneuf-de-Gadagne, en compagnie de Paul Giera, Anselme Mathieu, Alphonse Tavan, Jean Brunet, frédéric Mistral et Joseph Roumanille.
Poète lyrique, Aubanel écrit en provençal, prends une part active à la renaissance de la langue d’Oc et sera même un temps Capoulié (président) du mouvement.
A partir de 1865, il écrit soixante-et-onze lettres à Sophie De Lentz (1843-1926), comtesse du Terrail, mariée au capitaine Léon Toscan du Terrail. Ces lettres sont regroupées dans un recueil posthume paru en 1899 Lettres à Mignon par Serge Bourreline, Aubanel Frères imprimeurs à Avignon.

Le Félibrige est une association littéraire fondée pour assurer la défense des cultures régionales traditionnelles et la sauvegarde de la langue d’Oc. Jacques Mouttet en est l’actuel Capoulié, devenant ainsi le quatorzième successeur de Frédéric Mistral à la tête du mouvement. Il a été intronisé dans la Confrérie de Saint-Marc en 2007 à l’occasion de la pose d’une plaque commémorative, au 15 rue de la Foire à Villeneuve-lez-Avignon, en l’honneur de Bruno Eyrier, ancien Prieur de la confrérie et cigale d’argent du Félibrige.

Laissez un Commentaire

Post précédent:

Nouvel article: